La fronde nationale

La réforme du Code du travail va-t-elle connaître le même sort que la révision constitutionnelle? Interrogé jeudi sur le rejet de la politique de François Hollande, le premier ministre a eu cette réponse: «Il manque sans doute une explication, un sens à tout cela.» Manuel Valls se trompe. Tout s’explique dans la débandade actuelle.

Depuis quatre ans, le président de la République ne cesse d’abuser ses interlocuteurs. Les électeurs de gauche d’abord, qui l’ont porté à l’Élysée pour appliquer son programme: celui des sirènes du Bourget. Comment François Hollande pouvait-il imaginer qu’ils renient leurs idées pour accepter, un jour, plus de souplesse dans la législation du travail et une politique sécuritaire en rupture avec leurs propres dogmes?

Répudié par son camp, le chef de l’État a alors cherché à séduire la droite. Qui l’a pris au mot sur la déchéance de nationalité. Mais, là encore, il a tergiversé, hésité, changé de pied. L’opposition l’a donc laissé seul, face à lui-même.

L’autre explication est, elle aussi, très simple. Quand on a passé son temps à flatter les fonctionnaires, à manifester aux côtés des syndicats et à remonter la jeunesse contre la droite, il ne faut pas s’étonner qu’ils se retournent tous contre vous quand ils se croient menacés, lorsqu’ils s’aperçoivent que votre parole a changé. Car ce sont eux qui manifestent aujourd’hui.

Les premiers, avec la CGT et FO, ne sont pourtant pas concernés par ce texte destiné au secteur privé. Quant aux lycéens et aux étudiants, la gauche les a tellement dorlotés avec les droits acquis qu’elle a fini par les rendre inconscients de la réalité du marché de l’emploi.

Chahuté par la rue, abandonné par les siens, écrasé dans les sondages, François Hollande n’a plus d’air. 2016, «annus horribilis». Il récolte ce qu’il a semé. Mais le plus grave est le temps perdu par la France. Un pays aujourd’hui atteint de paralysie, condamné à l’immobilisme, épuisé par les incohérences de son président. Piteuse fin de quinquennat.

Pour la défense de la fonction publique territoriale

Lors de l’émission « On n’est pas couché », Bruno Le Maire, candidat aux primaires de la droite et du centre, s’est déclaré favorable à la suppression de la fonction publique territoriale. S’il est défendable pour certains d’assouplir le statut de la fonction publique territoriale, il est irresponsable ou alors purement démagogique de vouloir l’abolir.

Le statut est un stabilisateur social. Si tous les agents publics étaient contractuels cela créerait des déséquilibres très profonds entre les grands villes et les plus petites, entre les territoires urbains et ruraux, les premiers étant beaucoup plus attractifs. On ne peut défendre la dynamisation des zones rurales où le sentiment d’abandon est de plus en plus fort et détruire toute perspective d’emploi public dans ces territoires.

Un système de ce genre serait la porte ouverte au clientélisme. Dans certaines collectivités, la tentation est parfois grande de recourir à des emplois de complaisance. Sans règles statutaires, on se doute de ce qui se passerait à chaque changement de majorité.

J’invite Bruno Le Maire, qui n’a jamais exercé un mandat local comme celui de maire à venir découvrir le monde riche de la fonction publique territoriale. Je l’invite aussi à ne pas écouter seulement les conseils de personnes venant souvent de la fonction publique d’État et qui souffrent d’une grande méconnaissance de la fonction publique territoriale.

Je lui rappelle que la continuité du service public est une garantie constitutionnelle et que le statut permet que des jeunes maires, en toute humilité, puissent bénéficier de l’expérience de ceux qui ont déjà servi leur collectivité.

Questionnements impertinents

Cette semaine, la plume me démange de poser quatre questions qui, je l’imagine, dérangent et, qui sait, pourraient agacer.

En quoi «LES jeunes» -pas aussi nombreux que les radios télévision du service public l’ont prétendu-qui sont descendus dans la rue mercredi, incarnent-t-ils toujours la jeunesse de France?

En réalité, et c’est en quoi le générique «les», employé par force médias est plus que jamais abusif, le temps n’est plus où les organisations gauchistes, communistes et socialistes pouvaient automatiquement enrôler lycéens et étudiants derrière leurs bannières écarlates.

Leur jactance formatée, leur pathos émile-zolien, leurs verts treillis, ont pris de la bouteille et leurs keffiehs à damiers sont usés jusqu’à la trame.

Le marxisme dialectique n’impressionne plus guère et même l’antiracisme commence à sentir le rassis. Bref, la gauche ringarde a ringardisé avant l’âge ses enfants les plus ambitieux. Prenez l’actuel président de l’UNEF. Le pouvoir peut craindre un peu les coups de Martinet (c’est son nom), mais il n’est pas écrit que celui-ci, contrairement à ses madrés prédécesseurs, obtiendra de droit, une circonscription en métal argenté, à l’heure où le prix d’un fauteuil de député socialiste a tendance à monter.

Ayant dit cela, il n’est pas douteux, que des jeunes, plus crédules, plus conformistes-contrairement aux idées reçues-que leurs aînés, discrètement cornaqués par un milieu enseignant dont on connaît le tropisme gaucher, légitimement inquiets pour leur avenir , puissent encore être sensibles à la démagogie de ceux qui sont précisément responsables de leur situation.

Alors oui, par naïveté, par plaisir ludique ou par désespérance, de jeunes mutins de Panurge descendront encore dans la rue. Ils n’incarneront jamais plus ni la jeunesse, ni la générosité, ni l’avenir. Quant aux plus intelligents, ils savent déjà combien le jeunisme est crétin.

Deuxième question, juive: les propos politiquement courageux du premier ministre lundi au dîner du CRIF voyant, une nouvelle fois, dans la détestation pathologique d’Israël par l’islamo-gauchisme, la cause de l’antisémitisme criminel en France, ont-ils quelque chance de porter quelques fruits?

Sans vouloir abuser d’un pessimisme facile, il est permis d’en douter.

D’abord, parce qu’au sein même du parti de Manuel Valls, il existe un fort courant gauchisant qui, par idéologie ou par cynisme électoral basé sur la démographie (encore que les deux soient parfaitement compatibles), ne sont pas prêts à renoncer à l’«Israël bashing» obligatoire.

Ils pourront longtemps spéculer oiseusement, comme ils savent si bien le faire, sur le droit et le devoir de critiquer la politique israélienne, la colonisation, l’occupation etc. Les plus radicaux d’entre eux pourront gloser doctement sur la différence conceptuelle entre antisionisme et antisémitisme. Et dans ce contexte, l’honnête homme qui aura le malheur de ne réclamer seulement que l’État juif ne soit plus traité comme le juif des états, aura toujours du mal à donner de la voix.

Ensuite, parce que tous partis confondus, et sans évoquer le Quai d’Orsay, le monde arabo-islamique radical a des arguments diplomatiques et financiers qui emportent la conviction sans avoir à recourir à des efforts de persuasion intellectuelle démesurés.

Enfin, parce que les médias, et principalement ceux d ‘État, ne sont pas prêts à rompre avec leur réflexe pavlovien soit de focaliser Sion, soit encore de traiter le conflit sur la base d’opportunes omissions .

Pour s’en convaincre, qui peut, de bonne foi, soutenir que cette semaine, les organes d’informations hexagonaux ont rapporté suffisamment deux événements saillants du conflit qui fâche le plus, mais qui ne cadrent pas géométriquement avec la Doxa idéologiquement dominante:

-l’admonestation par le vice-président démocrate Biden, en voyage dans la région de l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas («le modéré») à qui il a reproché son absence de condamnation (aimable euphémisme quand on connaît les encouragements de son Fatah) «de la terreur au couteau» contre les civils Israéliens.

-Le fait que les missiles d’exercice à longue portée tirés par l’Iran (lui aussi , paraît-il en cours de modération depuis l’accord nucléaire communément encensé) en violation des résolutions internationales, portaient sur leurs flancs: «Israël doit être détruit»…

Ainsi, il est à craindre que nonobstant les paroles bonnes, l’idéologie anti-israélienne systématique, curieusement rétive au mouvement de déclin général de l’idéologie gauchisante, ait encore devant elle de beaux lendemains qui chantent. À tue-tête.

Troisième question: notre excellent ministre de la défense aurait- il sérieusement l’intention de faire rayer le général Piquemal du cadre des officiers de réserve pour manquement à l’obligation du même nom, pour avoir participé à une manifestation interdite à Calais?

Depuis que les magistrats du mur des cons se sont exprimés impunément avec la délicatesse que l’on sait, j’avais cru que cette obligation (très douteuse s’agissant d’un général à la retraite) était définitivement tombée en désuétude.

Étrange pays qui réprime les manifestants qui protestent publiquement contre les clandestins et qui autorise les clandestins à manifester publiquement.

Dernière question: quel que soit le regard que l’on porte sur Mr Trump, ceux de ses opposants qui décident de troubler ses réunions publiques autorisées, ne devraient-ils pas être arrêtés? Question subsidiaire: si on doit user de la lexicologie de rigueur, ne devrait- on pas évoquer les concernant des procédés fascisants?

J’avais prévenu, c’est agaçant.

Jeunesses

Ah, ce petit parfum de printemps dès que des organisations étudiantes appellent la jeunesse à battre le pavé dans l’odeur âcre des fumigènes et le son nasillard des sonos de la CGT… La description dans les colonnes du Figaro des AG de la fac de Saint-Denis Vincennes, avec ses anars prêts à effaroucher le bourgeois et ses pasionarias luttant contre les «réflexes virilistes» dans la prise de parole, avait le charme des récits de voyage en absurdie. Mais la perspective d’un «mouvement» de «la» jeunesse met toujours ce pays en émoi. Et pas seulement parce que les autoproclamés progressistes, qui n’ont de cesse de fustiger la nostalgie des autres, nourrissent complaisamment celle de leur révolution sur les pavés du boulevard Saint-Michel un certain mois de mai.

Plus qu’aucun autre avant lui, François Hollande a prétendu rendre aux jeunes Français cet espoir qui les a visiblement quittés depuis longtemps. «Est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu’en 2012? Je demande à être évalué sur ce seul engagement, sur cette seule vérité, sur cette seule promesse», proclamait le candidat Hollande. Depuis, s’est ajoutée la fameuse inversion de la courbe du chômage. Et les deux points sont liés, dans un pays où 25 % des jeunes sont au chômage, 50 % dans certains quartiers. On se souvient que le futur président parlait alors d’un grand ministère d’État pour consacrer cette ambition. Aujourd’hui encore, on se contente d’un peu reluisant ministère «de la Ville, de la Jeunesse et des Sports». Oui, un «jeune», de nos jours, vit dans une cité et espère essentiellement la rénovation de son immeuble et l’installation d’un skate park… Celui qui vit dans un territoire rural abandonné par les services publics et qui cherche un poste d’apprenti qu’aucune PME ne peut aujourd’hui lui fournir étant donné le peu d’incitation en la matière n’est pas un jeune. C’est un abstentionniste ou, au pire, un électeur du FN.

Pour autant, personne n’ose prétendre que «la jeunesse» existe en France. Ce qui nous saute au visage, c’est que «les» jeunes, dans leur immense diversité, ne se portent pas au mieux. Il y a ceux, bien sûr, que vont rencontrer les candidats aux primaires diverses, qui incarnent dans leurs start-up idylliques cette «France qui gagne» que l’on veut nous servir comme euphorisant. Mais allons! Un peu de lucidité! Malgré les réussites individuelles, la France a laissé sacrifier ses jeunes, quels qu’ils soient.

Il y a les plus dynamiques ; les plus favorisés, aussi. Ceux-là accomplissent le rêve de 57 % des jeunes Français: partir à l’étranger. Et finalement y rester. Parce que cette jeunesse globalisée, biberonnée au nomadisme progressiste, ne sera pas gagnée par le mal du pays. Mais il y a tous les autres. Ceux qui ne pourront pas partir. Certains, plus entreprenants, plus volontaires, se battront pour monter leur entreprise ou travailler en indépendants. Ils assumeront cette précarité que les autres subissent.

Les autres, justement, rêvent de CDI. Parce qu’ils sont «conservateurs», comme le leur reproche une droite acquise au bougisme moderniste? Parce que dans un pays où le marché du logement atteint des prix délirants, où le capital immobilier est détenu majoritairement par les plus de 65 ans qui ont pu acheter quand tout cela ne valait rien, il leur est impossible de louer sans ce viatique. Parce que dans un pays soumis à une économie européenne dans laquelle la BCE ne parvient même pas à respecter sa mission de maintenir l’inflation autour de 2 %, ils n’ont aucune chance, même avec des taux d’intérêt bas, de pouvoir acheter leur logement.

Et l’on ne parle pas des 150.000 par classe d’âge qui sortent de ce système scolaire ubuesque sans la moindre qualification. Dans un monde où l’on a délégué aux pays émergents les emplois non qualifiés, qu’espère-t-on leur proposer? Mais on poursuit le massacre.

Offrir un espoir à ces jeunes, ce n’est pas seulement leur promettre un emploi, quel qu’il soit. Ce n’est pas non plus leur faire croire que le monde dans lequel ils vivent s’est imposé par une fatalité naturelle indépendamment des choix des générations précédentes, de leur illusion progressiste, de leur idéologie libre-échangiste et de leur appétit de jouir sans entraves, de consommer sans temps mort et de faire circuler les hommes et les capitaux dans un marché indifférencié. Leur parler d’avenir, c’est au contraire leur dessiner un projet cohérentsur la société que nous voulons et le système économique qui permettra de la construire. C’est se donner les moyens de perpétuer la France et de rebâtir ce qui a été mis à bas, de son tissu industriel et agricole à la vie de ses territoires, de son éducation nationale à la cohésion de sa communauté nationale. C’est se préparer à assumer notre responsabilité d’adultes sur ce monde que nous allons leur laisser.

Conversations

Nul ne peut nier que notre pays traverse une de ces situations extrêmes évoquées par Paul Valéry. De cette passe si difficile peut sortir le pire, comme le meilleur. Le pire serait qu’elle nous incite à suivre aveuglément ceux qui entendent exploiter la crise, dont ils sont pourtant collectivement responsables : derrière le paravent d’un discours convenu, ils continueraient de briser notre Etat et notre démocratie, nos ultimes biens communs. Le meilleur serait–et de toutes mes forces je veux y croire – que cette mauvaise passe permette une prise de conscience à partir de laquelle il nous sera possible de suivre un autre chemin que celui du renoncement, qui ne peut à terme amener que la servitude et la misère.

Il n’est pas facile de garder son indépendance d’esprit face aux messages qui paraissent évidents, mais qui bien souvent sont faux. Aiguiser sa capacité à ne pas prendre pour argent comptant ce que les prétendues autorités morales nous assènent tous les jours, voilà ce qu’il faut ne jamais oublier. Ne jamais prendre le discours des puissants pour parole d’évangile, et au contraire,chercher à renouer avec le bon sens, puiser dans l’intelligence populaire et dans les discours alternatifs d’autres sources de vérité. Écouter d’autres avis que ceux des experts « officiels », et toujours chercher à savoir quel intérêt véritable défend celui qui s’exprime avec aplomb.

Aujourd’hui, les choses doivent changer. Tel est l’objectif de ce blog. Pour parler de nos problèmes, de nos divergences et surtout… de nos espérances. Ce blog a pour objectif d’être un lieu d’échanges. Un rendez-vous régulier, amical et tolérant.